Paroles d'ancien!

Rencontre avec Catherine BRAND, promotion 1999, de passage sur Bordeaux pour une intervention auprès des étudiants de l’Institut Régional de Formation Sanitaire et Sociale d’Aquitaine pour la Croix Rouge Française. Catherine occupe actuellement le poste de chargée des programmes santé à la Direction des Relations et Opérations Internationales au siège de la Croix Rouge Française.

Durant sa formation, elle a été recrutée par la Croix-Rouge française pour une mission en Albanie pour un an. Après une période d’activité en France comme conseillère technique, elle a soutenu son mémoire sur la thématique du renforcement des capacités des sociétés nationales de la Croix-Rouge française à IFAID. Par la suite, elle est partie en mission avec MSF durant 2 ans au Tchad puis en RDC sur des camps de réfugiés. A la suite de ces missions, elle a poursuivi son activité avec la Croix-Rouge au Niger puis en République Centrafricaine. Au cours de ces missions, elle a développé des compétences dans le domaine de la formation ainsi qu’en santé publique qui l’ont amenée à son poste actuel.

Pourquoi avoir choisi de suivre la formation d’IFAID Aquitaine ?

A 17 ans, j’ai vu le reportage de MSF « à corps, à cœur et à cris » et me suis dit « c’est ce que je veux faire ». J’ai alors orienté mon projet professionnel autour de cet objectif et je suis rentrée à l’école d’infirmière dans le but de partir en mission à l’international. J’ai passé le diplôme IDE avec un mémoire sur le thème «  Intégrer l’humanitaire à la sortie du DE, utopie ou réalité ». Au détours de ces recherches, j’ai découvert et ensuite intégré l’IFAID.

Tu parles là d’humanitaire, la conception que tu en avais a-t-elle évolué avec ta venue à IFAID ?

Quand je suis arrivée, l’envie était là et ma venue à IFAID a fait tomber l’idée « je vais sauver le monde ». J’ai compris que, plus qu’une passion, c’est un métier. Je suis passée de l’image d’Epinal assez démagogique du « don de soi » à la conscience de la nécessité du professionnalisme sur le terrain.

Ton meilleur souvenir de terrain ?

J’ai commencé en 2000 et mon meilleur souvenir est ma dernière mission avec la Croix Rouge française. Nous avons mené un vrai projet de développement de A à Z : la création d’un institut de formation paramédicale en république Centre Africaine. C’est un projet que j’ai suivi depuis sa conception.Nous sommes parti d’un terrain vague pour aboutir à l’existence d’une école de formation de cadres de santé reconnue par l’Etat Centre Africain alors qu’il n’y en avait pas dans le pays. J’ai eu le sentiment d’aller au bout des choses, d’avoir atteint les objectifs fixés.

La mission la plus difficile ?

C’était au Tchad. Au cours d’une mission, j’ai été confrontée à des conflits d’équipe très marqués et j’ai poursuivi la mission dans un contexte extrêmement tendu. Je n’ai pas très envie de me remémorer ce type de situation. Heureusement, j’avais été préparé à la vie en groupe durant ma formation et j’ai pu tenir dans un contexte humain difficile.

Et en dehors de la vie professionnelle ?

J’ai fait le choix de prioriser ma vie professionnelle, partant du principe qu’un épanouissement professionnel mène à un épanouissement dans la vie privée. Mon projet de vie privée a donc suivi mes choix professionnels. Ces deux choses ne sont donc pas incompatibles.

Pour toi, quelle est la définition de l’engagement ?

C’est un état d’esprit avant tout qui n’a rien à voir avec la finance. Néanmoins, ce concept n’est pas incompatible avec la notion de gagner sa vie. Etre un bon professionnel, c’est aussi faire reconnaître ses compétences et cela passe par un salaire décent. Pourquoi faudrait-il aussi précariser des personnes qui, sur le terrain, s’occupent de gens en grande précarité ?

Ta formation à IFAID a-t-elle changé ta vision du monde ?

IFAID m’a ouvert les yeux sur la géopolitique, j’ai pris conscience des enjeux, des positionnements des bailleurs, j’ai compris que ce n’était pas un monde parfait. Heureusement, j’ai eu ce choc à IFAID et non sur le terrain. J’’ai fait le choix, au-delà des contraintes, d’être une actrice positive du développement plutôt que de ne rien faire.

Justement, ta vision du développement a-t-elle évolué ?

Il y a 15 ans, j’avais le sentiment qu’IFAID était novateur dans ce domaine.Je pense malgré tout que la scission entre urgence et développement n’a pas lieu d’être, ce sont des phases qui se suivent : pour moi c’est un tout. Il faut arrêter de penser des projets d’urgence sans se projeter, comme il faut cesser d’envisager les projets de développement sans prendre en compte les politiques ou les contraintes climatiques qui auront un impact dessus.

Quels conseils donnerais-tu aux futurs Ifaidiens ?

Il faut prendre le temps d’avoir une expérience professionnelle dans d’autres domaines que le développement, prendre le temps de la réflexion, de l’analyse, de se remettre en question, d’acquérir un maximum de compétences et de maturité avant d’aborder le terrain. Si on n’est pas au clair avec soi-même, il ne faut pas prendre le risque de partir. Nous sommes porteurs d’une organisation et d’une équipe, nous ne devons donc pas prendre de risques pour soi ou pour les autres.

Quels ont été pour toi les apports de la formation ?

J’ai développé des compétences en gestion de projet qui ont été essentielles pour moi sur le terrain. La formation m’a permis d’avoir une vision plus globale de ce que peut représenter un projet et de ne pas m’en tenir à une vision technique pure.Si je n’avais pas eu cette première approche,je n’aurais pas été en capacité de mettre en place les différentes étapes d’un projet.

Le mot de la fin ?

IFAID n’est pas une année facile : c’est une année de découverte, de remise en question, d’acceptation de ce que peut être le métier de coordonnateur et c’est aussi une grande richesse, j’ai ouvert les yeux sur des notions que je n’aurais pas pu aller chercher seule. IFAID m’a permis d’avoir une vision plus juste sur ce qu’est le travail à l’international.