Paroles d'Ifaidien(ne)s !

Carole Chemin, promotion 2015-2017, nous raconte son expérience de la formation COPSIL. Aujourd’hui en Volontariat International en Entreprise pour l’OIEau (Office International de l’Eau) à Madagascar, dans la région Itasy, la formation a été un réel tremplin professionnel pour elle.

Quelles étaient tes motivations à faire la formation en coordination de projet de l’IFAID ?

« J’ai su assez jeune que j’avais envie de travailler dans le milieu du développement, je l’avais plutôt imaginé sur le plan social, c’est une envie assez ancienne. J’ai commencé à me renseigner sur les formations qui existaient quand j’avais à peu près 18 ans, quand on passe le bac, et à ce moment-là je n’ai pas connu l’IFAID mais Bioforce. C’est Bioforce que je visais à cette époque, pour être tout à fait honnête. J’ai donc orienté tout mon parcours professionnel dans cette optique-là. J’ai d’abord obtenu un diplôme d’assistante sociale et j’ai ensuite travaillé à l’étranger dans l’idée de pouvoir acquérir suffisamment d’expérience professionnelle pour pouvoir ensuite postuler à ce type de formation. Quand j’étais en Roumanie pour EMAUS en service civique j’avais toujours cette idée en tête. Dans le cadre du service civique, l’Institut de l’Engagement accompagnait certains profils en fonction de leur projet à intégrer des écoles. Dans leur partenariat, il y avait Bioforce mais aussi l’IFAID. J’ai passé le concours de l’Institut de l’Engagement et je l’ai réussi. C’est à ce moment que j’ai étudié plus précisément les formations possibles. J’avais toujours Bioforce en tête mais j’avais aussi l’IFAID que j’ai appris à connaitre. Je me suis documentée, j’ai appris ce qu’était cette formation. Je me suis rendue compte que ça me correspondait beaucoup plus que Bioforce, parce que le coté urgence ne m’intéressait pas et ne correspondait pas à mon profil, contrairement à l’IFAID qui était davantage tourné sur le développement. J’ai passé les deux concours et j’ai été prise pour les deux. J’ai choisi l’IFAID puisque je trouvais que ça correspondait plus à ce que j’envisageais comme parcours professionnel. »

Qu’est-ce que l’IFAID t’a apporté ?

« Sur le plan professionnel, l’IFAID m’a donné une légitimité à prétendre à un certain type de poste par exemple celui que j’occupe à l’heure actuelle. Je suis chargée de projet sur l’appui de gestion intégrée des ressources en eau. A la base j’ai une formation dans le social, donc ce que l’IFAID m’a apporté, ce sont des compétences professionnelles que j’ai pu vraiment valoriser pour accéder à ce type de poste. L’IFAID m’a donné une assise professionnelle. En termes de compétences professionnelles, j’ai intégré tous les outils de gestion de projet. Il est même pas probable que j’aurais pu avoir le poste que j’ai aujourd’hui sans être passée par l’IFAID, ce n’est pas imaginable puisque j’étais assistante sociale. Sans passer par cette formation qui était professionnelle et donc tout à fait adaptée au terrain, il est sûr et certain que je n’aurais pas réussi à en être là professionnellement. En termes personnel, ce qui a été très intéressant à l’IFAID c’est de rencontrer tous ces profils différents, toutes ces personnes qui venaient de secteurs divers que ce soit l’agriculture, l’eau, la santé, le social… C’était tellement enrichissant d’apprendre d’eux, en termes de développement de soi justement. De trouver les complémentarités dans chacun d’eux et d’acquérir autant de savoir en si peu de temps sur des thématiques qui sont extrêmement variées. Au moment où j’ai fait l’IFAID, cela a été une année un peu compliquée. Une année de remise en question, ça correspondait peut-être à mon âge, à un pont entre deux choses puisque je travaillais dans le social et j’allais vers quelque chose d’autre. C’était une année de transition, qui n’a pas été forcément facile mais qui m’a permis de dépasser certaines limites et de prendre confiance en moi. »

Comment s’est passé ta deuxième année ?

« La deuxième année a été très intéressante parce qu’au départ j’avais postulé pour une application plutôt dans le social et qui correspondait à mon profil. Je n’avais aucune difficulté à avoir cette application. Je l’ai eu très tôt et je me suis donc projetée très vite sur le poste. Il se trouve que juste avant, cela ne s’est pas fait. J’ai essayé d’y mettre du sens. Cela ne s’est pas fait, il faut qu’il y ait une raison derrière tout ça. La raison que j’y ai trouvée, le sens que j’ai donné, c’est que j’ai vu passer une offre de stage de la coopération décentralisée du Conseil régional Aquitaine à Madagascar, en lien avec la gestion des ressources naturelles. Donc pas du tout mon profil, pas des études que j’avais faites mais quelque chose qui m’intéressait énormément parce que pour moi quand on touche à l’environnement, on touche à l’être humain. J’y voyais le sens quand même avec mon parcours mais aucun rapport avec mes études passées. C’était une chance de découvrir quelque chose de nouveau et d’acquérir des compétences sur quelque chose que je ne connaissais pas encore, surtout sous la forme d’un stage. C’était rassurant pour moi puisque n’ayant pas de connaissances spécifiques sur l’environnement, j’avais l’opportunité d’en acquérir sans avoir une pression trop forte. J’étais encore dans l’apprentissage. Ces stages étaient proposés depuis plusieurs années en partenariat entre la coopération et l’IFAID. J’ai été prise et j’ai travaillé sur l’élaboration d’un diagnostic : l’implication communautaire en matière de gestion des ressources halieutiques du lac Itasy. Il y avait un petit point social puisque j’ai parlé de la gouvernance. L’environnement et l’être humain étaient très liés. L’application s’est très bien passée. J’ai appris pleins de choses, j’ai aussi appris le fonctionnement d’une coopération décentralisée. Cela a été extrêmement enrichissant, je le referais dix fois s’il fallait. Je ne peux même pas parler de difficultés, il y en a forcément eu, mais maintenant, avec le recul, je ne m’en rappelle même plus. L’application m’a permis de mettre en action des concepts que j’avais vus pendant la première année. »

Et maintenant ?

« Il se trouve que pendant mon application, une ONG est venue faire de la prospection pour un potentiel futur projet autour du lac. L’idée de ce projet c’était la gestion intégrée des ressources en eau. Je les ai rencontrés quand ils sont venus en Itasy. J’ai pris connaissance de ce futur projet et je me suis dit que c’était ça que je voulais faire, je voulais travailler avec eux. En plus, cela correspondait à mon stage, c’était une continuité. J’étais sur l’implication communautaire et là le projet avait une entrée gouvernance. C’était l’idéal. J’ai postulé au poste qui s’ouvrait et me voilà de retour en Itasy depuis une dizaine de jours en tant que chargée de projet pour cette ONG, l’office international de l’Eau. »

Quels sont les objectifs et le contexte de ce projet ?

« L’Office International de l’Eau est une association reconnue d’intérêt public en France de droit français qui travaille en France et à l’international notamment sur les questions de gestion intégrée de ressource en eau. Le projet est financé grâce à l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse pour 24 mois. Les objectifs du projet sont structurés autour de quatre composantes clés. La première des composantes est liée au système d’information, donc de la gestion de la donnée et de la connaissance, vraiment sur l’aspect méthodologique : qui détient les données, comment les diffuser, quels outils mettre en place pour communiquer autour de ces données. Si on a envie d’intervenir sur le lac, il faut qu’on puisse le connaitre et pour qu’on le connaisse, il faut qu’on arrive à trouver un outil qui nous permette de partager les données entre les différents acteurs. La deuxième composante, très liée à la première, est sur la gouvernance. C’est notamment l’appui à la constitution d’une commission locale de l’eau. C’est un outil qui est utilisé en France. L’idée n’est pas de faire la même chose puisque que cela s’adaptera au contexte mais qui rassemblera les administrations – l’Etat, par exemple à travers les directions régionales – mais aussi la Région Itasy et les usagers de l’eau autour d’un outil participatif. Cette commission locale de l’eau déterminera un outil de programmation, la troisième composante, l’appui à un contrat lac. La forme n’est pas encore déterminée. L’idée est de planifier et de programmer, grâce à l’outil de la commission locale de l’eau, la thématique à traiter : l’agriculture, la santé… On a pas encore d’idée préconçue de ce que cela va être car nous en sommes toujours qu’au début et surtout ce ne sera pas à nous de le déterminer, mais aux membres de cette commission. La quatrième composante, c’est la capitalisation au niveau national. Ce projet est un projet pilote qui ne ressemble pas à ce qui se fait en général, parce que souvent on part de la manière descendante, de l’Etat central on va vers la région et là c’est la région qui de par son expérience et ce projet pilote va pouvoir partager son expérience au niveau national. C’est une partie importante de transfert de compétences et de connaissances. L’idée c’est aussi de faire dialoguer deux régions, la région Haute Matsiatra, où il y a la coopération Métropole Grand Lyon qui est déjà implantée sur la question de la gestion intégrée des ressources en eau et la région Itasy qui elle est assez avancée sur l’agriculture. C’est un projet ambitieux qui reste réaliste car nous n’avons pas vocation à traiter toutes les problématiques du lac, ça serait illusoire. L’outil est intéressant. »

Où te vois-tu dans 5 ans ?

« J’avais un plan quand j’avais 18 ans que j’ai assez bien suivi et qui m’a emmenée jusque-là où je suis. Il y a toujours des adaptations qui sont faites en cours de route. A l’heure actuelle de ma réflexion, ça peut encore changer. J’aime la thématique sur laquelle je suis en train de travailler, c’est-à-dire l’eau. C’est encore une nouvelle thématique pour moi. J’ai envie de me spécialiser sur cette thématique. Je n’ai plus envie de changer, j’ai envie de rester dans ce domaine-là. J’ai envie de continuer à apprendre pendant ces deux ans et aussi par la suite valoriser cette expérience et trouver un travail plus stable en France, soit avec une ONG ou une collectivité. Investir ici pour trouver un travail qui me correspondra en France sur la thématique de l’eau. »

Ton meilleur souvenir de l’IFAID ?

« C’est compliqué d’en choisir un. C’est plein de moments partagés avec la promo, des temps informels qui sont des bons souvenirs. Une expérience intéressante, c’était le salon des solidarités à Paris. J’y étais avec deux autres collègues de l’IFAID et Astrid et c’était intéressant de pouvoir partager mon expérience avec d’autre qui souhaitaient la vivre et de pouvoir se faire soi-même un petit bilan parce que ça arrive en mai, juste avant la fin de la première année. Etre avec mes collègues dans un autre type d’échanges m’avait bien plu. J’ai aussi adoré le temps avec Pierre Blanc. Je me rappelle de cette journée comme n’ayant pas vu l’heure passée. Je me suis dit que je savais exactement pourquoi j’étais là. »

Un conseil ?

« De s’accrocher. Comme toute les formations qui sont enrichissantes, parfois il y a aussi un coté difficile où on se sent épuisé, on se remet beaucoup en question. Il y a beaucoup de connaissances a emmagasiner en peu de temps et des fois on peut perdre l’objectif de vue. Il ne faut pas le perdre. C’est le sens qu’il y a dans tout ça. Parfois cela nous emble déconnecté, parce qu’on est pas sur le terrain constamment mais c’est un investissement qui est important de faire pour pouvoir après faire du travail de qualité une fois qu’on est sur place. »

Comment vois-tu l’IFAID dans l’avenir ?

« J’aimais beaucoup cette mixité des âges et des professions et l’expérience professionnelle qui était détenues par tous les Ifaidiens. Ce que je vois c’est surtout de continuer avec ça et de s’accrocher à ça parce que c’est une plus-value énorme. C’est la plus-value de l’IFAID pour moi que de proposer des formations qui sont pas de l’initial et qui donc permettent de faire se rencontrer des gens qui ont déjà un minimum de vécu et d’expérience. Comment je vois l’IFAID dans l’avenir ? Continuer à être très adaptés au terrain et de continuer cette mixité. »